7 Mars 2008
Mardi matin je rentre dans la chambre 106. Je vois Véronique qui refait le pansement de Mister Pui.
- Ca va? t'as besoin d'aide?
- Euhhh bah tant que t'es là, tu peux me passer la béta?
- Oui tiens!
Mister Pui est entré il y a quelques jours. Il nous arrive tout droit de sa maison de retraite où il était alité depuis aparemment trop longtemps. Il nous arrive avec une ENORME et bel escarre en bas du dos. Un escarre aussi gros que mon poing, et pourtant j'ai des grandes mains!
Les escarres, c'est moche! Les escarres c'est noir! Les escarres ça pue! Les escarres ça coule d'un liquide qui est moche, vert, et qui pue! Ca nous fais chier de voir arriver quelqu'un comme ça parce qu'on connais déjà l'issue.
On va le retaper, il ira mieux dans trois semaines. On le renverra à sa maison de retraite et il reviendra quelques jours plus tard pour un autre escarre ailleurs. C'est la quatrième fois en un an qu'il vient chez nous à cause de ça déjà!
Mais bon... on se tais et on s'applique et le remettre sur pied. Véro s'approche de lui. Elle enlève le noir. Tous ces morceaux de chair complêtement nécrosés qui pourrissement litéralement sur lui. Elle y va au bisouri, minucieusement.
Elle s'approche de plus en plus de lui jusqu'à être à 50 cm de l'escarre. Elle en prend plein le nez. Elle en prend plein les yeux! Il y a toujours un moment où on a envie de vomir. Certains sont plus résistant que d'autres. Tout dépend de ce qu'on a avalé au petit dej'.
Alors je regarde Véro, je regarde le pansement. On échange quelques mots puis Véro me dis qu'elle a du mal à enlever un morceau de peau. Elle gratte un peu à droite, un peu à gauche. Ca coule un peu plus vert car elle viens de creuver une poche de pus. Un relent d'oderu envahit la pièce. Elle se rapproche encore un peu. Ca devient de plus en plus douloureux pour Mister Piu. La tension devient palpable. Le patient s'agite de plus en plus.
Je me tais pour ne pas déconcentrer Véro qui pourrai à tout moment déraper avec son bistouri et faire une estafilade digne de ce nom!
Il régne le silence le plus total et je vois une goutte de sueur perler sur le front de Véro. Le patient grimace bizarrement puis dans un élan j'entends:
PPPPPPPPPPPPPPRRRRRRRRRRRRRROOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUUUUTTTTTTTT
Véro s'arrête illico, relève sa tête des fesses de Mister Piu et crie:
- PUTAINNNNNN IL VIENS DE ME PETERRRRR A LA FIGUREEEEEE !!!!! JE LE CROIIISSSS PASSSSS!!!!
J'explose de rire. J'ai un fou rire nerveux. Je n'en peux plus. Véro est dégoutée. Elle arrête le soin. Le patient ne s'excuse pas et rigole aussi.
Je regarde le patient pour voir s'il s'excuse puis je le vois forcer à nouveau et à nouveau:
PPPPPPPPPPRRRRRRRRRRRROOOOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUUUTTTTTTTTTTT
Véro excédée, sors en colère de la chambre. Laissant tout en plan et j'ai dû terminer le pansement !