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Alzheimer, c'est ça!

Je prends mon service mardi matin, comme d'habitude. Après la relève, je prends le secteur qu'on me donne car ça fait un petit moment que je ne suis pas venu travailler alors en tant que collègue modèle, je prends ce qu'on veut bien me donner.

Je me retrouve avec un ensemble de patients qui m'ont l'air assez cool  au niveau prise en charge. La journée devrait s'écouler tranquillement. La journée devrait être tranquille...

Ça tombe bien! 37°C disait Catherine hier soir à la télé. C'était la température qu'il devrait faire cet aprem. Et franchement,  lorsqu'il fait aussi chaud, on est content que la journée soit calme.

Mais c'était sans compter sur Mireille. C'est une personne âgée, plutôt de petite taille quoique assez voûtée. Elle avance par petits pas saccadés et semble capable de baver des litres de salive en quelques secondes. C'est la première patiente de mon secteur.

Mireille est hors du commun. Lorsqu'elle entend le chariot de soins passer devant sa chambre, elle sort pour dire bonjour. C'est systématique. C'est un rituel. C'est immuable. Elle dit bonjour puis me regarde avec un sourire béat jusqu'à ce que je lui réponde. Une fois le sésame obtenu, elle ne s'arrête pourtant pas là. Elle a la manie de lever son index droit, de le plier en forme de crochet et de s'arrimer à la poche de ma tenue. Tout ça en me souriant béatement.

Ainsi accrochée, elle me suit. Partout où je vais, je l'ai à mes côtés, accrochée à ma poche. Vous me direz que ce n'est pas gênant. Mais quand on voit que Mireille fait des pas de 20 cm, je vous assure que les longueurs des couloirs prennent une autre dimension. Ce que je parcours en 10 secondes me prend maintenant 10 minutes.

Dans le service, tout le monde ricane en m'épiant de loin. Personne n'ose s'approcher de moi au cas où Mireille déciderait de changer de poche. Savez-vous ce qu'il arrive lorsqu'on ose décrocher Mireille? Et bien, elle pleure, griffe, mord et vous bave dessus. Alors franchement, il vaut mieux qu'elle reste arrimée.

Au bout d'un moment ça devient quand même pesant. Je lui parle, lui sourit, lui explique plein de choses, on visite le service, on dit bonjour à tout le monde mais jamais elle ne me répond.

Alors j'ai une idée. Délicatement je décroche son doigt et le pose sur la poignée de mon chariot de soins. La minutieuse opération me prend une bonne vingtaine de minutes mais se termine par un succès, ce qui me laisse quand même assez d'autonomie pour entrer dans les chambres des autres patients.

J'ai passé 8h avec Mireille. 8h non-stop!

J'avoue, je l'ai quand même abandonnée, le temps d'aller faire pipi mais elle était derrière la porte, accrochée à la poignée...
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jebossedanslesocial 18/09/2009 08:00

Oh ben zut ! je suis tombée sur ton blog par hazard et me voilà complètement accro....Tu m'autorises à te mettre en lien sur mon blog ?Bises JBDLS

Dan 18/09/2009 09:45


Oui, pas de problème. N'hésites pas à m'envoyer l'adresse (en mail via l'onglet contact) où s'affiche le lien sur ton blog pour que je puisses faire de même




Gwen 17/09/2009 22:34

Je suis ASH en long séjour... nous avons plusieurs patiente Alzheimer, dont une qui ressemble à la tienne... toujours dans nos pattes, elle ne parle presque pas... et il suffit souvent de lui sourire pour pouvoir communiquer avec elle. Elle touche à tout (un jour elle a coupé le fil de la souris de la cadre !) mais elle est mignonne, elle vient souvent avec moi lorsque je ramasse les petites cuillères après la collation de l'après midi, elle pousse mon petit chariot même si le temps que je rentre dans une chambre elle se retouve déjà au bout du couloir ! Même si c'est difficile pour la famille, je pense qu'elle est "heureuse" dans son petit monde.En tout cas merci pour ce blog, que je découvre grâce au mail d'over blog ! Tu as une super plume ! ;)

anouch 12/09/2009 17:33

Bonjour Dan, Je viens de lire quelques lignes de ton blog et je t'avoue avoir ri de bon coeur, grâce à la petite Mireille ! C'est pas si souvent qu'on arrive à me tirer un sourire avec des histoires d'hosto et ça valait la peine que je m'arrête un instant pour te le dire. Moi, je me trouve de l'autre côté, côté lit le plus souvent quand je suis dans un hôpital... Heureusement en ce moment j'y vais moins souvent, ça fiche les jetons de voir que dans les chambres d'à côté et dans les couloirs, il se passe des trucs pareils ! Merci pour ce moment de détente. Anne

Cécile 05/09/2009 21:16

Une jolie histoire, touchante.

Bambou254 03/09/2009 09:31

J'adore la façon très comique et attendrissante dont tu racontes ça!!!N'empêche, j'espère ne jamais en être atteinte et avoir le courage, le cas échéant, de mettre un terme à cette déchéance avant que ne plus savoir réagir et devenir ainsi l'objet du bon vouloir médical et infirmier....C'est qu'il y a du personnel infirmier qui n'aurait pas ta patience!

kbce 23/08/2009 00:18

Heureusement que tu as une patience d'ange. Pauvre femme... vaut mieux s'eteindre dans ces conditions.

Titia 18/08/2009 16:00

Il m'est arrivé une aventure presque semblable. C'était dans une maison de retraite dans laquelle je travaillais... Une mamie est restée à coté de moi, assise, toute la journée, en me regardant, sans dire un mot... Personne ne pouvait cependant ni  la toucher ni l'approcher, et pourtant,  elle me fesait des bizous sur les bras, tout le temps... A l'heure de mon départ des lieux, cela fut très dur de la séparer de moi. La semaine suivante, elle ne m'a pas reconnue...; ces personnes sont tellement attachantes... Nous serons peut etre: ELLES, un certain soir d'automne...

Dan 18/08/2009 09:41

Il semblerait que ces personnes-là aient besoin d'une présence constante. Même s'ils ne parlent pas, ils nous suivent, nous regardent. Je préfère ça à qqn de violent car des fois la maladie d'Alzheimer rend les personnes assez peu coopérantes.M'enfin, la journée à été longue tout de même...Bisous à toi Sue :)

Sue 18/08/2009 09:01

Quand je bossais en long séjour comme ça, j'avais un papy atteint de la maladie d'Alzheimer aussi. Il était aussi du genre à venir te scotcher comme ça, il venait se poster près de toi. Un peu comme les chats qui veulent des calins et qui arrêtent pas de venir te coller dans les pattes.... il tournait autour, un coup devant, un coup derrière, ça avance un peu et paf ça s'arrête juste devant le charriot de médicaments.... et il parlait parlait parlait (c'est bien dommage que l'on n'y comprenais plus rien d'ailleurs).Et puis il venait tripoter les bouteilles de sirop sur le charriot.... et si tu avais le malheur de vouloir l'en empêcher il rentrait dans une colère noire ! (une collègue à moi a esquivé le mortier en porcelaine une fois, qu'il avait tenté de lui jeter dessus, de rage parce qu'elle lui avais dit "NON").Moi j'avais trouvé la parade, je lui faisais pousser mon charriot et je lui commentais tout ce que je faisais (qu'il fallait arrêter le charriot, devant quelle chambre on était, qu'est ce que je donnais comme médicaments, et qu'on pouvait repartir...)Bizarrement je n'ai plus jamais eu de problème avec lui, il devait seulement avoir besoin d'une compagnie et de se sentir utile :)