Un peu d'humanité.

Publié le par Dan



Il se présenta devant la porte automatique qui s'ouvrit et pénétra dans le hall avec nonchalance. Il ne fallait pas se faire repérer. Être naturel et n'exprimer aucun signe extérieur de stress.

A gauche et en face, personne. A droite, une multitude de gens. Tous assis et plus ou moins confortablement installés. Ne pas les regarder. Marcher. Il lui fallait rejoindre les escaliers. Ce n'était pas la première fois qu'il venait ici. Il connaissait les lieux par coeur et eut l'avantage de pouvoir se faufiler sans être intercepté.

3 étages à monter par les escaliers. C'est long. Il y a quelques temps de cela, il n'aurait jamais croisé personne dans les escaliers. Mais depuis la campagne "Mangez sept fruits et légumes par jours et faites trente minutes de sport quotidien", il avait remarqué que de plus en plus de personnes préféraient les marches aux ascenseurs. Tout ceci ne l'arrangeait pas mais il put tout de même atteindre le troisième étage sans trop de difficultés.

Tout semblait se passer comme prévu. Personne ne l'avait encore reconnu. Personne ne l'avait arrêté. Personne ne l'avait encore expulsé.

Maintenant, il fallait trouver une pièce déserte. C'est là que résidait toute la difficulté de sa mission. Il ne fallait pas paraître perdu. Il ne fallait pas montrer qu'il cherchait quelque chose. Il ne fallait pas hésiter. Il devait foncer et tomber juste! Rien ni personne ne devait l'interrompre. Comme seule arme à sa disposition, il bénéficiait de son expérience en la matière, qui lui avait appris à déjouer certains pièges.

Il repérait d'un coup d'oeil les pièces vides de celles qui étaient occupées. Il prit alors le couloir de droite. Des lumières clignotaient sur les portes. Il continua de marcher. Il tourna à gauche, croisa deux jolies femmes tout de blanc vêtues, les salua poliment. Il passa devant les ascenseurs et continua. Il ralentit le pas. Une allure trop rapide, conséquence de son stress n'aurait fait qu'éveiller les soupçons sur lui, pensa-t-il. Il prit alors le temps de saluer chaque personne croisée, une à une.

Il vit une porte entrouverte. Il jeta un oeil discrètement, après s'être assuré que personne ne le regardait. Il vit à l'intérieur un lit bien fait. Pas de chaussons au pied du lit. Pas de vêtements sur les chaises. La chambre paraissait déserte de l'extérieur. Il entra sans frapper avant de bien refermer la porte derrière lui.

Il se dirigea vers l'armoire. Il fallait être sûr qu'il n'y eut personne. On ne devait pas l'accuser de vol et on ne devait pas le déranger. Il poussa alors la porte coulissante de l'armoire et s'aperçut que les étagères étaient vides. Bingo! Lança-t-il à mi-voix.

Il
se réfugia dans la salle de bain au fond de la chambre et se déshabilla aussi vite qu'il put le faire. Nu comme un ver, il se glissa alors sous une bonne douche chaude et en profita pendant de longues minutes. Il se délassa, se décrotta, se savonna et prit même le temps de se laver les dents. Étant SDF depuis quelques années, il ne pouvait pas se payer le luxe de se doucher tous les jours. Néanmoins, il tenait de temps en temps à se laver. Où pouvait-il se laver plus facilement que dans une chambre de clinique? L'eau était chaude, pas d'agent de sécurité à l'entrée, une serviette, du savon, un lit pour se reposer...

Un autre homme sorti de la douche. Il était propre et souriant. Il fut prit d'une bonne humeur qui le poussa presque à siffloter Für Elise de Beethoven. C'était la chanson préférée de sa mère qui l'avait élevé seule pendant seize ans. Elle était très autoritaire. Leurs contacts se limitaient à "Bastien fait ceci! Bastien fait cela!". Elle était ensuite décédée d'un cancer du foie, certainement dûe à la quantité faramineuse d'alcool qu'elle ingurgitait quotidiennement. Bastien s'était alors retrouvé à devoir se débrouiller seul. C'est alors qu'il se mit à mendier. Un bruit le coupa net dans sa réflexion.

Quelqu'un venait. Il se réfugia dans la salle de bain.

Une personne habillée en blanc ouvrit la porte de la chambre qu'il pensait avoir laissé entrouverte.

C'était un homme en blouse blanche. Sans doute un infirmier. Il était nouveau venu dans le service et avait la manie de laisser les portes des chambres vides entrouvertes. Il repérait ainsi rapidement où mettre ses patients et ne passait pas son temps à chercher une piole vide.

D'un naturel râleur et ne voyant personne dans la chambre, il partit en maudissant la personne qui l'avait refermée.

Bastien ressortit de la salle de bain. Il poussa juste un peu la porte de la chambre pour être sûr qu'on ne put pas le voir. Il se dirigea vers le lit. S'allongea, nu. Mieux qu'une nuit sur des cartons, mieux qu'une nuit sur un matelas trouvé il y a une semaine dans une poubelle devant le comptoir Lafayette, mieux qu'une nuit dans le duvet de son amie, il put faire une sieste de quelques minutes dans un vrai lit. Le luxe!

A peine couché, il s'endormit tellement profondément qu'il n'entendit pas l'infirmier revenir, accompagné d'un patient cette fois. La porte de la chambre s'ouvrit pourtant brutalement. L'infirmier et le patient restèrent figés quelques secondes avant d'avoir un mouvement un recul synchronisé. L'infirmier regarda le numéro de la chambre. Non, non, il ne s'était pas trompé. Cette chambre était bien censée être vide et ce n'était pas le cas. Il demanda au patient d'aller en salle d'attente, le temps pour lui de régler cet imprévu.

Il fit claquer la porte de la chambre une deuxième fois mais bien plus brutalement que la première fois. Bastien sursauta. Nu comme un ver, il sauta hors du lit, attrapa ses vêtements et se rhabilla tant bien que mal. L'infirmier barra la porte et exigea des explications. Bastien bégaya, hésita, s'expliqua, s'excusa. Il était conscient du fait qu'il n'avait pas le droit d'être là mais il compta beaucoup sur la compréhension et la gentillesse de son interlocuteur pour s'en sortir à moindre frais.

Sans rajouter quoique ce soit, l'infirmier recula, pencha sa tête en arrière et à droite, puis à gauche et ne vit personne. Il s'écarta de la porte et Bastien put se faufiler hors de la chambre avant de joindre à nouveau les escaliers. Il le remercia une bonne dizaine de fois.

L'infirmier s'approcha de la fenêtre de la chambre et jeta un oeil dans la rue. Il vit Bastien sortir de la clinique et se diriger vers une poubelle.

La faim commençait à l'étreindre...


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Publié dans Chronique

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Mo' 02/11/2008 17:03

Comme quoi, des personnes intelligentes ça existe toujours dans ce monde bien pitoyablebise

éLoO 27/10/2008 20:20

hé bien ...bravo à cet infirmieret encore bravo pour la façon d'écrire.je trouve que tu as changé. en bien certainement mais j'avou que ça me fait bizar de 'en appercevoir ici (de la peine aussi).mais continu d'écrire, au moins je sais ainsi que tu vas bien.

Dan 25/10/2008 21:32

ah! J'allais oublier!!Arno, je supprime ton commentaire.D'une part parce que ici, c'est chez moi, donc pas de pub sauvage. Si tu veux un échange de lien, tu le demandes en mail.Pas la peine de venir racoler avec des adresses surlignées ou encore de demander aux personnes qui viennent ici de s'inscrire à ta newsletter.Ca s'appelle la politesse...Je rajoute dans les  liens, une adresse d'un site associatif car il est dédié au bonheur des autres...

Dan 25/10/2008 21:27

Bonsoir tout le mondeJe vous remercie pour vos petits mots car je vois que cette histoire ne vous laisse pas indifférente. Heureusement qu'il y a des personnes qui font encore preuve de sensibilité et d'humanisme.Eloo, oui , il s'agit bien d'une histoire vraie. Bisous a vous et @ très bientôt.

anne 25/10/2008 20:22

bordel j ai leslarmes aux yeux ca me fait penser a ton doc a noel qui recoir les sdf dur dur !!!!!!

éLoO 25/10/2008 09:18

question bête (mais tu me connais j'en pose tj plein), c'est une histoire vraie?tu racontes trés bien! je te connaissai pas ce talent de narrateur.si c'est une histoire vraie je reviendrai commenter l'histoire en elle même

strange witch 24/10/2008 10:18

C'est bien ce que cet infirmier a fait... Contente de savoir que d'autres extra terrestres existent dans ce monde.... Faudrait vraiment créer un club ou un truc dans l'genre... lol...

kara 24/10/2008 09:36

Ce n'est pas normal ce genre de choses. Chacun devrait pouvoir avoir tout sa sans être obligé de se faufiler de la sorte. Je ne comprends pas qu'à notre époque, on puisse encore voir de tel chose, c'est une honte pour la France et son gouvernement. Heureusement quand même qu'il existe, des gens comme cet infirmier qui l'a laisser s'échapper;)Kara