Mardi 13 mai 2008
http://www.lbi-france.com/cauchemar/galery/panneau.gifOn a tous nos phobies. Ninie, ma collègue, n'aime pas les araignées. Marie, n'aime pas insectes. Ca, c'est quand vous êtes chez vous.

Mais dans l'hôpital, on à d'autres phobies que nous n'avons pas, une fois la tenue rangée dans le vestiaire. Je connais Émilie. Une jeune infirmière qui... déteste le sang et qui tombe dans les pommes quand un pansement saigne un peu trop. Je connais Véronique, qui a la phobie des piqûres et pourtant elle pique des malades tous les jours sans ciller. Et j'en passe.

Il est 1h du matin. Le service est calme. On peut regarder la lune par la fenêtre de l'infirmerie malgré quelques nuages. Il semble y avoir un peu de vent, ce qui  force les nuages à filer. Il n'y a pas un bruit dans le service. Il règne un silence de....mort! Et je pèse mes mots! Pas une sonnette, pas un cri.
Je suis assis dans l'infirmerie, en tête-à-tête avec Béa, l'aide-soignante. Nous sommes éclairés par l'unique lumière blafarde du négatoscope. Elle feuillette Gala en regardant plus les images que le texte. Je regarde les étoiles.

Tout aurait pu aller pour le mieux si nous n'avions pas eu un décès pendant la nuit. Ce n'était
pas une surprise car c'était déjà annoncé comme imminent. La famille avait même, été mise au courant quelques jours auparavant. Je vous passe les détails de la toilette mortuaire, de l'emploi de la pince et du coton. Le genre de truc que je n'aime pas du tout faire. Même si on est deux dans la chambre, personne ne se parle. Les regards sont furtifs. On fait attention à chacun de nos gestes. On habille la personne avec douceur et délicatesse. On la scrute. Je regarde son visage. Jehttp://b5.img.v4.skyrock.com/b51/olenforcedu26/pics/163367283_small.jpg sais que même après la mort, le corps peut encore bouger de par les nerfs et les muscles.

Cette idée me fait déjà frémir à l'idée que ça puisse se produire et que cela me surprenne. Alors je ne quitte pas son visage des yeux. La lumière est tamisée. Je le scrute. Il me scrute. Pour l'habiller, je dois me pencher sur lui. J'ai l'impression qu'il me quitte pas des yeux, même les paupières fermées, ou quasiment. Je dois lui attraper la main de l'autre côté. Il ne bouge pas: Ouff!! Je crois que s'il venait à ouvrir les yeux alors même que je suis penché sur son visage, je crois que mon coeur s'arrêterait vraiment de battre.

Avec Béa, nous nous redressons et nous le regardons. Il est classe. Une personne décédée peut-elle vraiment être classe? Je ne sais pas. En tout cas il est bien habillé, qui plus est avec ses vêtements du dimanche. Il semble paisible. Apaisé. Loin.

Maintenant que ça c'est fait, il faut le descendre au dépositoire, vu que sa famille ne viendra pas le voir. On ne peut pas le laisser en chambre au-delà d'un certain délai  pour des raisons sanitaires. Je reviens donc à l'infirmerie et je compose le numéro de téléphone de l'étage au-dessus.
Je sais qu'elles sont deux infirmières au-dessus. Quelqu'un devrait pouvoir me remplacer sans trop de difficultés, le temps pour moi d'aller au dépositoire.

10 minutes plus tard, me voilà devant l'ascenseur avec la personne dans son lit. Béa m'accompagne. Les portes s'ouvrent. Nous quittons le service qui semble être, toujours aussi calme.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent à nouveau. On sort. Nous nous dirigeons vers un autre ascenseur, celui qui mène directement au dépositoire. Nous traversons couloirs et services. On ne croise personne. L'hôpital est désert. Les lumières sont allumées une sur trois, ce qui nous fait passer dans des zones d'obscurité où je peine à voir ma collègue qui est pourtant juste de
l'autre coté du lit. Les passages obscurité-lumière se succédent.

http://08.img.v4.skyrock.com/082/onlyblackdeath/pics/214617858.jpg Je regarde mon patient. Il ne bouge pas. Il semble toujours aussi paisible mais ses traits commencent à se figer et se durcir. Il a effacé le sourire de sérénité qu'il affichait au départ. Sa bouche semble vouloir s'ouvrir mais je n'y fais pas attention au premier abord. Je suis pressé d'arriver.

Nous voilà aux seconds ascenseurs. Sans trop les attendre, on rentre dans le premier qui s'ouvre. On tape: -2: Sous-sol. Les sous-sols, c'est flippant. Encore moins de lumière. Des fils dénudés par-ci par-là. Des murs en béton brut. Des tags sur les murs. Il y règne souvent un froid de canard et une odeur de renfermé. La particularité des sous-sols, c'est qu'il n'y a aucun fléchage. Il y a des intersections tous les 10 mètres car les couloirs sous-terrains desservent la totalité de l'établissement. Vous l'aurez compris, on peut donc s'y perdre vite fait, bien fait.

Oui mais encore faut-il pouvoir accéder aux sous-sols. Je m'explique.

Hhhhhhhhhhiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii Craaaaaaaaack

L'ascenseur s'est bloqué. Me voilà avec mon aide-soignante et ma personne décédée, serrés comme des sardines dans un petit ascenseur avec pour seul éclairage, la veilleuse d'urgence.

Là, je comprends et je pèse la nature de ma phobie à l'hôpital. Rester coincé dans un ascenseur, en pleine nuit, dans un hôpital désert de toute activité, sans éclairage..... et avec un mort, c'est flippant!

J'appuie frénétiquement sur tous les boutons. Par chance, je trouve celui d'urgence qui me relie au poste de sécurité. Comme toujours dans ces cas-là, personne ne peut vous aider dans la minute. "Ne bougez pas, j'appelle le service de dépannage des ascenseurs de nuit".

Ne bougez pas, ne bougez pas..... 
il en a de bonnes, lui. Il veut que j'aille où??? Béa est aussi nerveuse que moi. Les "Putain, c'est pas vrai!!!" fusent. On est coincé entre le lit et le mur de l'ascenseur. On est face au visage de la personne qui est maintenant aussi blanche que ma blouse.

Une main a glissée pendant l'arrêt brutal de l'ascenseur. Le membre pend entre Béa et moi. Je ne m'en étais pas rendu compte tout de suite. Au moment où je l'attrape pour la remettre sous le drap, je regarde  le visage de la personne comme pour essayer de déceler une grimace de douleur. Rien. Je regarde alors Béa et j'essaie d'esquisser un sourire pour calmer la tension qui devient maintenant palpable.
Ne pas se laisser surprendre.... ne pas se laisser surprendre..... ne pas se laisser surprendre.... La phrase se répète dans ma tête.

Je fixe le teint blafard du patient dont le visage est à peine éclairé par la veilleuse d'urgence et soudain, un oeil s'ouvre, la bouche aussi et j'entends:

RrRrRRRrrOooOOOoOOOOoAAaaAAAAaaAATttTTTtTTTTTttT  PPPppPPPPsSSSSssCCCccCCChhHHHHHHHH

Il vient carrément de roter!! J'hallucine!! Merde!! Putain!!! Il rote!!! Béa!!!! Il rote!! Putain de merde!!

Rester calme, rester calme, rester calme....ne pas céder à la panique.

Lui fermer la bouche, lui fermer la bouche, lui fermer la bouche.....vite, avant que ça recommence.

Mes gestes sont tremblants et imprécis mais je me débrouille tant bien que mal. Ma conscience semble me crier: OUUUUUVVVVVRRREEZZZZZZ - NNOOOOOOOOUUUUUUUUUUSSSSSSSS!!!!!!!!!!

Nous avons attendus... 20 minutes dans le noir. Ça m'a paru une éternité!! Puis heureusement Monsieur le dépanneur est arrivé assez vite avant de nous sortir de là. C'était la première fois qu'il voyait un mort. A l'ouverture des portes, quand il a vu le patient dans son lit, son regard s'est figé. Il est devenu aussi pâle que le patient. Il s'est tourné. Il a vomi.

http://www.emmanuelmorand.net/thot/thotpsychostasie.jpg







par Dan publié dans : Bruits de couloirs communauté : Les blouses blanches
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Commentaires

C'est raconté terrible...on s'y croirait !
commentaire n° : 1 posté par : insolite85 (site web) le: 13/05/2008 19:17:52
Je crois que j'aurai crié moi! Lol ou peut-etre même vomi... Flippant.
commentaire n° : 2 posté par : Fofie le: 13/05/2008 21:14:32
T'as failli avoir un deuxième mort sur les bras !!
Blaque à part... c'est un vrai scénario de film d'horreur..!!!

Biz Dan !
commentaire n° : 3 posté par : Didou (site web) le: 13/05/2008 21:16:51
Tu racontes ça drôlement bien !!! J'ai retenu mon souffle jusqu'au bout de l'article ! Quel soulagement ça a dû être, quand les portes se sont ouvertes !
commentaire n° : 4 posté par : Pascale, Elea et Faustine (site web) le: 13/05/2008 21:54:33
Quel courage... Douce soirée à toi.    
commentaire n° : 5 posté par : Sév (site web) le: 13/05/2008 22:45:29

Coucou, franchement je me suis bien marré en te lisant !!!! :o)) mais les 2 autres IDE qui sont venues vous remplacer devaient bien raler de ne pas vous voir revenir :)) si elles ont un blog, tu crois qu'elles parleront de la surcharge de travail durant ce moment là :o))) ahhhh ça me rappelle des souvenirs, trop drôle !!!

commentaire n° : 6 posté par : Claire (site web) le: 14/05/2008 08:07:42
Quel horreur j'ai peur des cadavres. C'est ma hantise d'aller bosser et de trouver une de mes personnes morte.
a+
commentaire n° : 7 posté par : ciloucr (site web) le: 14/05/2008 11:12:46
mince c est horrible je crois que j aurais vomi moi aussi et hurler. tu racontes l histoire trop bien!!!!
bisous dan
commentaire n° : 8 posté par : mathilda (site web) le: 14/05/2008 12:18:59
Bonjour tout le monde.

Merci à vous pour vos petits mots qui me font plaisir. C'est vrai que c'est flippant et quelqu'un m'aurait dit que tout cela allait m'arriver, je ne l'aurais pas cru.

Heureusement ça n'arrive pas tous les jours.

@ bientot

Ps: Pour les collègues, à vrai dire, je ne sais si elles ont un blog, mais c'est possible. Aparemment le service à été calme.
Ouff!!



commentaire n° : 9 posté par : Dan (site web) le: 14/05/2008 12:46:56

hi hi hi vraiment drôle ton histoire.... mais pour moi elle a un goût de déjà vu...
Il y a 2 ans j'ai bossé en tant qu'aide-soignante aux urgences d'un grand hôpital; on travaillait en 12h et quand on faisait des nuits en était aussi affécté au transport mortuaire...
Un soir on avait du traverser les sous-sols ultra lugubre pour aller récupérer un petit papy décédé 4h plus tôt! Au retour alors qu'on l'emmener à la morgue on a pas vu un nid de poule, le brancard a fait une embarder et malgré la rigidité cadavérique un bras de ces bras qui se trouvais sur son ventre à glisser sur le coté avec un bruit assourdissant (celui du sac mortuaire) et faisant tomber le drap qui le recouvrais...
J'ai jamais eu aussi peur de tte ma vie

commentaire n° : 10 posté par : céline (site web) le: 14/05/2008 17:03:07
Je suis infirmière en Belgique
Je n'ai jamais eu de phobie comme professionnelle mais comme malade,J'AI UNE PHOBIE DINGUE DE L'HÔPITAL et surtout des hôpitaux français
commentaire n° : 11 posté par : anne (site web) le: 15/05/2008 16:55:29
Le coup du bras qui glisse et qui se met à pendre je crois qu'on l'a tous eu un jour au moins dans sa carrière (ou presque) !
L'histoire la plus saugrenue qu'il m'est arrivé c'est de devoir descendre le corps par les escaliers en le portant dans des draps parce que tous les ascenseurs étaient en panne (et pas réparables avant le lendemain) ^^'
commentaire n° : 12 posté par : Sue le: 21/05/2008 15:09:52

J'adore ta façon d'écrire !!!! T'as pas eu de chance sur ce coup-là.  Nous avons de la chance au boulot, ce sont les pompes funèbres qui viennent récupérer les corps et s'occupent de la toilette mortuaire. Nous nous les débranchons et les mettons "au propre" avant qu'ils ne soient emmenés. On n'a pas le droit d'aider le commis pour le transfert lit-brancard parce que s'il se blesse cela ne sera pas pris en compte comme accident de travail. Le gag ! Comment il fait avec un patient de 100kg, il lui demande de un coup de main ??? MDR

commentaire n° : 13 posté par : Oiseau2nuit (site web) le: 02/07/2008 10:36:02

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