Une chance

Publié le par Dan

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Ils passèrent la porte du sas et coururent l'installer dans le lit. Il y eut de plus en plus de monde autour de lui. Les gens s'agitèrent, les regards se croisaient, tendus, mais personne ne parlaient. L'essentiel étaient d'être rapide, précis. 

Des machines furent rapprochées, les autocollants furent collés sur le torse, les poignets, les chevilles, des fils qui menaient à des poches de perfusions se multiplièrent et des bips raisonnèrent. Une courbe se dessina, puis une autre lui succéda sur un moniteur qui semblait crier quelque chose. Les courbes dansaient en rythme sur un écran entouré de chiffres.

Il eut aussi des tuyaux, beaucoup de tuyaux. Certains entrèrent par la bouche, le nez tandis qu'un autre se dirigea vers sa taille en s'insinuant sous les draps. Les draps...

Un drap était particulièrement rouge. Il fut difficile de dire si le rouge était plutôt écarlate ou vermeil mais une chose sembla cependant certaine: la tâche s'étendait au fil des secondes qui s'égrenaient. 

Plus en retrait, un homme en blanc en approcha un autre. Tous les deux regardèrent le ballet qui se jouait devant eux lorsque le plus jeune dit:

- Il a 25 ans. Il s'appelle John et c'est un promeneur qui l'a trouvé au bord de la voie ferrée avant de nous appeler. Une chance qu'il soit passé par là, une autre chance que nous ayons pu arriver si vite.

- Sa famille est prévenue ?

Le plus jeune secoua la tête et le silence régna à nouveau entre les deux hommes.

Pendant ce temps, des tubes remplis de sang partirent à l'analyse, des grosses seringues furent empilées les unes sur les autres, le respirateur gonfla et dégonfla la poitrine de John, le moniteur qui affichait des courbes espaça ses cris avant de n'émettre que de petits bips ponctuels.

- Les gendarmes ont récupéré ses affaires, dit le plus jeune, mais j'ai recopié le numéro de son épouse. Quand nous avons trouvé John, son téléphone qu'il tenait dans la main indiquait 53 appels manqués

Il donna le bout de papier au plus âgés qui s'isola, son téléphone à la main.

1 semaine plus tard, John se réveilla, avec à ses côtés sa maman qui avait chassé sa future ex-femme dans le couloir quelques minutes auparavant. 

L'euphorie envahit le box. La maman pleura en retrouvant son unique fils, Elle remercia dieu, penché sur John, elle remercia les équipes, elle serra John contre elle, comme une mère qui ne voulait plus être séparée de son fils.

Elle le prit par la main. John voulait tellement la prendre dans ses bras, la réconforter et lui dire qu'il l'aimait. Une larme apparu au coin de son oeil et coula le long de sa joue. Une autre suivit la première. Il savait. 

Il était allongé et tandis que sa maman ne le lâchait plus, Il fixait le plafond. John ne pouvait plus bouger ses bras, ni ses jambes d'ailleurs. Il ne les sentait pas non plus. La vie prendrait maintenant un autre sens.

L'infirmier, les yeux rivés sur les courbes du moniteur, savait ce qui était en train de se jouer et même s'il entendit la maman de John dire qu'ils avaient de la chance, beaucoup de chance, l'infirmier ne fut pas si sûr que John partagea cet avis.

Publié dans Slice of life

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