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Publié le par Dan

Chaque année, nous nous y collons à tour de rôle et cette année c'est le mien. Je travaille pour les fêtes.

En soit, il n'y a pas de réelle difficulté mais avec l'expérience, je sais que ce sont toujours des journées particulières qui ne se ressemblent jamais.

A ces quelques détails prêts:

Je débute toujours la journée par un café, je la continue avec un café et je la termine en ayant mal au ventre parce que j'ai super envie d'aller aux toilettes mais je n'en ai pas le temps.

Cette année pourtant, quelque chose va changer. Une variante: Je suis chez moi. En astreinte, donc chez moi. C'est la nouveauté. Je suis en veille et on m'active avec un simple coup de fil au dernier moment pour me dire de rappliquer. Je suis un peu la cavalerie qu'on sonnerait avec une trompette sur un champs de bataille, sauf que l'escadron n'a qu'une seule personne, moi.

Pour être honnête, je me suis même porté volontaire pour être celui qu'on appelle avec un coup de trompette. Outre le fait que j'aimais le concept, j'avais trouvé séduisant de passer Noël à la maison. Il ne me restait plus qu'à croiser les doigts pour que la journée soit calme, ou presque.

8h30: Premier coup de trompette. Aucun problème, je vais me dépêcher et je serais de retour avant midi. Ce fut le cas mais après avoir accompagné les proches d'un défunt dans cette malheureuse douleur que leur a livré le Père Noël ce matin. Je déteste ces situations par ce que je ne sais jamais vraiment trouver les bons mots. Pour autant, faut-il vraiment dire quelque chose à chaque fois ? Toujours est-il que passer une partie de sa matinée de Noël à la morgue, pour moi, c'est glauque!

11h30, 13h30, 15h, 16h, 18h... Une journée et 6 décès plus tard, je ne suis plus trop dans le même état d'esprit. L'esprit de fête est un peu moins là. Je commence à connaître la morgue un peu trop bien à mon goût et je me surprends même à mettre en place des automatismes pour la prochaine fois que je devrais y venir. Juste au cas où...

Mais je ne plains pas. Je n'en ai pas le droit. Pourquoi ?

Parce que ce soir, quand je vais revenir chez moi, mes proches m'attendront. Ils seront peut-être prêts à déboucher une bonne bouteille et à faire la fête, certainement excités par l'événement et moi, je serais avec eux. Je gouterai chaque vin pour me sentir vivant, je mangerai tous les plats, je rigolerai avec eux et je choisirai enfin un chocolat dans cette grande boîte qu'on fait tourner. Je ne sais pas ce qu'il y a à l’intérieur parce que je n'ai pas voulu regarder le papier mais avant de le manger, je le regarderai en pensant aux 6 mauvais cadeaux laissés par la vie à ces familles, puis, je me ferais happer définitivement par l'ambiance de la soirée.

Publié dans Chronique

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